Ode à Andrée-Anne

Novembre 2011 058

Andie.

Toi qui répondras à tous les appels et tous les textos, toi qui répondras dans les temps records, toi qui répondras avec des insides sans bon sens.

Toi qui répondras aussi à toutes les grandes problématiques et aux grands questionnements avec deux-trois questions, avec deux-trois solutions, et avec une ponctuation de conneries, pour détendre, pour prouver que la vie c’est pas si sérieux.

Oui, toi, avec qui j’ai probablement le plus d’insides, d’histoires niaiseuses et de rire où t’as une genre de face de souris, déjà mieux qu’une face de brochet. Toutes ces histoires et ces niaiseries, pis les dates de fêtes aussi, t’en es comme une encyclopédie sur deux pattes. T’es celle qui documente nos vies, photos à l’appui. Celle qui connait le chemin des autres, même plus que le sien.

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Merci d’être dans la mienne, t’es une vraie de vraie de grande de bonne de meilleure amie. Tu me fais toujours du bien quand on se voit, t’as toujours les bons potins, les bons souvenirs, les bonnes moqueries, les histoires pas rapports et les détails insignifiants.

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T’es aussi le plus beau mélange des contradictions: t’es celle qui aime si bien insister sur le fait que j’aie fait six ans de cégep, dont 5 au Vieux, mais toi tu viens de passer 2 BAC à l’université; t’es celle qui est tout le temps fatiguée, mais qui veille le plus tard; t’es celle qui a jamais tant travaillé, mais qui possède une crèmerie; t’es celle qui se marre de tout le monde, mais qui a les plus belles et longues amitiés.

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Merci d’être celle avec qui je peux rire des serpents de métal sans me sentir mal, merci d’être celle que je suis certain de voir à chaque fois que je reviens de loin, merci d’être celle qui prend de nos nouvelles, merci d’être celle qui se souvient de tout, parce que moi, je me souviendrai toujours de toi.

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J’t’envoie un infini de guns de bave d’ici, en espérant te revoir bientôt, autour d’une bière, d’une Rivière Rouge ou entourés de mononcs et de matantes qui se font la cours.

Ode à Hélène

Sacrée Maman.

Tes petits commentaires au téléphone, tes blagues-pas-blagues, j’espère que tu sais que je les comprends, dans tous les sens et toutes les profondeurs? Je suis bien placé pour les saisir, les interpréter, car c’est toi qui me les as enseignés, et j’ai très bien appris. Et ce n’est pas la seule chose que j’ai bien apprise de toi.

Ma maman et moi

Sache que ton Ode, que ce qui suit, ça date d’un texte de 2008, puis de novembre dernier, puis des deux dernières semaines. Ton ode, je voulais la laisser pour la fin, le point final de la conclusion, les remerciements. Car on garde le meilleur pour la fin, et parce que tout ça, et une grande partie de mon moi d’aujourd’hui, c’est à toi que je le vaux. Si je suis ici aujourd’hui, à Revelstoke, c’est grâce à toi, pour moi. À cause de toi, malgré toi…

Oui parce que j’étais l’enfant le plus paresseux de la terre. J’ai commencé à parler à 5 ans; on a enlevé les petites roues de mon vélo à 7 ans; en maternelle je ne connaissais pas les jours de la semaine; et au primaire je me lançais par terre en pleurant pour ne pas faire mes devoirs. Et toi, tu as enduré tout ça, et tu as continué de croire en moi. Tu m’as poussé à faire du sport, de la natation jusqu’au Karaté, rien n’a fonctionné, je ne voulais rien faire, je préférais jouer aux jeux vidéo.

À 15 ans, je voulais travailler dans une épicerie, et tu m’as convaincu de postuler au Vélo 2000. Et puis là, j’ai commencé le vélo de montagne, mon premier amour. J’ai connu c’était quoi être dehors, dans le bois, à pousser mes limites. Marc-André m’a parlé du programme de tourisme d’aventure, et ça m’a intéressé, et puis j’y suis allé: un an en Gaspésie entre la mer et les montagnes, à hiker, à pagayer, à skier. Le ski, mon deuxième amour, le remède à mes blues hivernaux, la petite pilule entre les deux saisons de vélo. Un baume psychologique pour la vie de tous les jours, surtout lorsqu’on y ajoute la poudreuse. Et cette neige, cette poudreuse, elle est en Gaspésie, ou dans l’Ouest… C’est elle qui m’a apporté ici aujourd’hui.

Alors oui, toi qui m’a poussé à ce cours de mécanique de vélo il y a 10 ans, tu m’as donné l’élan, le souffle de l’effet papillon, si on veut.

Oui, comme tu disais, il est loin ton petit gars qui avait toujours mal au cœur et qui faisait des crises d’angoisse en chemin vers l’école. La dernière crise date d’il y a 5 ans, j’ai décidément pris le dessus.

Si tu as toujours dis à la blague qu’à l’hôpital ils s’étaient trompés de bébé et que je ne devais pas être ton vrai fils, et bien moi je suis heureux qu’ils se soient mélangés. Parce que dans aucuns autres bras je ne m’aurais vu grandir, même si ça n’a pas toujours été facile… L’histoire en est gravée.

Première Guerre Mondiale: 1914-1918
Deuxième Guerre Mondiale: 1939-1945
Troisième Guerre Mondiale: 2004-2008

Ouais, on en n’entend pas souvent parler de cette troisième guerre, sûrement parce qu’elle confrontait seulement deux individus sur la rue Tourangeau à Saint-Hubert. Il n’y a pas eu de morts, mais on pouvait compter les corps, et ils n’étaient pas beaux à voir.

On peut me diagnostiquer maintenant les deux maladies dont j’ai été atteint. Celle que l’on appelle « l’adolescence » est plutôt guérie aujourd’hui, mais celle que l’on appelle « le refus de l’autorité » nécessite quelque fois une médication un peu plus forte pour être contrôlée. En fait, je me plie sous l’autorité lorsqu’elle est bien administrée et bien justifiée, mais j’ai beaucoup de difficulté à digérer lorsqu’elle est mal (ou trop) appliquée…

Mais bon, on s’entend que je ne peux pas tout mettre sur ma faute. Moi et mon côté baveux, toi et ta rancune sans égale: des ingrédients parfaits pour qu’on se déteste et qu’on adore le faire pendant des années. Un peu trop pareils, mais si différents en même temps, notre mélange a été explosif et je suis bien heureux que la poussière ait bien retombée.

Cette Ode, je sais que tu l’attendais avec impatience, tu l’appréhendais, tu avais peur qu’il n’y en ait tout simplement pas. Parce que comme toutes les mères, tu doutes, mais tu espères, que tes enfants t’aiment comme tu les aimes. Tu espères avoir une place dans nos cœurs, une grande place, une grande place importante. Et bien voilà Maman, t’es la personne la plus importante dans ma vie. Voilà, c’est dit.

Tu m’as donné la vie oui, mais tu m’as surtout tout donné par la suite, depuis plus de 25 ans, sans relâche, sans congé, sans hésitation. Tu m’as donné du temps, de la confiance, de l’amour, de l’endurance, de la sécurité, des ailes, du support, du réconfort. Et tu donnes encore. T’es si importante pour moi, que tu m’as donné le sens de l’importance.

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Quand Antoine et moi on avait lâché Xprezo et que nos entourages étaient secoués, Monique, sa mère, était passée à Bromont. Pour nous dire que nous avions bien fait, pour nous dire que le meilleur était à venir, pour nous dire de ne rien regretter, et surtout, de foncer. Monique, une maman comme toi, une maman en or. C’était la première fois que j’avais ce genre de discussion avec une autre maman que toi. Et elle me racontait la même histoire, que dans sa vie elle avait essayé de tout donner à Antoine, de l’encadrer en le laissant libre, de faire de son possible, d’espérer d’avoir donné assez.

Et bien, sache que vous avez totalement réussi, vous avez réalisé l’irréel. Parce que votre « possible » et vos « essaies » ne peuvent se compter qu’en amour qu’on dédie envers vous, qu’en reconnaissance qu’on aura pour tout jamais.

Tu m’as aimé, peu importe. Tu m’as aimé quand j’ai pleuré, quand j’ai échoué, quand j’ai crié, quand j’ai pioché, quand je me suis rebellé, quand je ne t’ai pas écouté. À bien y penser, juste ça, ça vaut la peine de t’aimer.

Mais je ne t’aime pas et ne te remercie pas seulement pour m’avoir aimé et m’avoir donné, je t’aime pour la femme que tu es.

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Je pourrais commencer par ton sens de l’humour, parce que c’est ce qui saute aux yeux, et aux oreilles (oreilles sensibles s’abstenir), après que l’on ait franchi ta fameuse barrière de la pince-sans-rire. Dans les dernières années, je ne me souviens pas d’un souper où tu ne m’as pas fait rire… de par tes expressions, tes faces, tes moqueries sur Papa ou de par tes simples fous rires, où tu te lèves pour prendre un mouchoir et tu t’accotes sur la table, les yeux pleins d’eaux, avec les « Oh Seigneur » entrecoupés.

Et je pourrais continuer avec la dévotion. La dévotion envers tes enfants évidemment, mais aussi envers ton mari, ta mère, ta famille, tes ami(e)s, ton emploi. Il suffit de voir quand ça va mal, de voir vers qui les gens se tournent et se confient. Parce que tu as l’oreille oui, mais la réflexion et les bons conseils aussi. À ta soirée de retraite, je voyais tous ces gens venus pour toi, pour te dire un petit au revoir: l’émotion et la scène étaient belles. Tu n’es décidément pas juste importante pour moi, mais pour beaucoup d’autres personnes aussi.

Je me suis souvent demandé pourquoi toi et Papa vous ne faisiez pas du service communautaire dans vos temps libres de retraités, mais à bien y penser, vous en faites à tous les jours dans votre entourage immédiat. Vous êtes ceux sur qui on peut toujours compter, ceux qui donneront aide et réconfort sans rien demander en retour, ceux chez qui on soulage les peines d’amour et les deuils.

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Et je pourrais ajouter ton côté aimante. Des couchers de soleil au chocolat Laura Secord, de l’odeur des lilas aux baleines de Tadoussac, tu es celle qui aime les petits plaisirs de la vie, celle qui a su nous les transmettre. L’aimante des voyages, des anecdotes et des histoires niaiseuses. L’aimante des étoiles filantes, bien emmitouflée dans tes couvertes. L’aimante des bleuets et des fraises, pis de tous les sucres du monde dans le fond. L’aimante des ronronnements de chats, des chiens qui ne sont pas les tiens. L’aimante de tes enfants et de ton mari. Même si t’es un cauchemar comme copilote en voiture, Papa a su choisir la meilleure copilote de vie. Parce que toi, tu conduis la tienne à merveille.

Puis il ne faut pas oublier la mère poule aussi. Celle qui secouait la tête quand je revenais de faire du vélo de montagne, les coudes et les genoux en sang. La mère qui s’est méfiée de tous mes ami(e)s et copines avant de bien les connaître. La mère qui m’en a voulu de pédaler la nuit à Saint-Hubert quand j’avais 15 ans, mais qui m’en a surtout voulu d’être parti à Charlevoix sous la tempête de neige de l’année.

Il faut aussi souligner Hélène, la femme fière et accomplie. La femme convoitée par toutes les équipes de travail. La femme fière de ses vitraux; de voir ses enfants aller, voyager, voler de leurs propres ailes; de ses Canadiens; de sa carrière; de son jardin; de sa vie au grand complet, et tu as grandement raison.

Alors voilà Maman, ton devoir est fait, tes O dépassent les lignes, et ils sont beaux. Tu es la meilleure des mamans, et moi il me reste quelques temps pour essayer d’être le meilleur des fils.

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Lorsque tu m’as demandé à Noël «As-tu une date approximative pour ton retour?» et que je t’ai répondu «Entre demain et l’année prochaine.», tu as ri, mais je sais que tu sais que je niaisais pas tant… Et si tu essaies encore de t’en convaincre, et bien non Maman, je ne niaisais pas…

Alors non, je ne suis pas revenu en Janvier, ni dans les derniers mois, ni les prochains, ni probablement cet été, et peut-être pas non plus pour les prochaines années… Pour être franc, je n’en ai pas la moindre idée, j’ai aucun plan, et je n’en veux pas. Comme l’a si bien écrit Kerouac «Things are so hard to figure when you live from day to day in this feverish and silly world.»

À mon sixième jour arrivé à Revelstoke, j’ai commencé un emploi que j’avais déniché la veille après une entrevue… J’ai acheté ma passe de ski, mon contrat s’est étiré jusqu’en avril, puis maintenant je travaille dans une boutique de vélo. J’ai, en quelque sorte, commencé ma vie ici, en Colombie-Britannique.

Tu auras probablement compris que toutes ces Odes, c’est un peu une façon de dire merci et au revoir à tous ces gens que j’ai côtoyé dans mes 25 ans de vie québécoise… Avant de partir, je t’avais dit que je ne m’enfuyais pas, que je voulais juste aller vivre, aller voir, construire et remplir mes bagages personnels si on veut, parce que les vrais bagages, ce ne sont pas ceux que l’on remplit avant de partir…

J’ai fait quelques ruptures et abandons secs avant de partir, qui t’ont probablement inquiétée un peu. Mais oui, j’ai fait un espèce de refus de la vie d’adulte, j’avais besoin de me retirer pour comprendre un peu, pour me comprendre un peu. Puis après deux mois sur la route, je n’ai pas vraiment de réponses claires d’où je veux aller, mais je sais où je ne veux pas mettre (et/ou remettre) les pieds. C’est déjà ça!

Avant de partir, j’avais en tête cette conclusion à Revelstoke, mais c’était si peu tangible… Alors je ne t’en ai pas parlé, par peur de te décevoir, de t’inquiéter, mais surtout par l’incertitude de savoir ce que je voulais.

Si on dit loin des yeux, loin du cœur, je ne crois pas que ça s’applique pour une relation mère-fils, car de loin, je t’envoie plein d’amour, comme tu me l’as si bien montré.

Je t’aime. À bientôt!

Ode à Matthieu

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Photo de Christian Brault

Matthieu, toi le coureur des bois, mais le coureur qui court sur des skis de fond ou sur un vélo, car juste courir, c’est plate à mort comme on dit, car il n’y a jamais de bonbons quand vient le temps de descendre. Et dans la vie, quand on monte, c’est pour descendre. Dans ton cas, on peut ajouter la notion de souffrir quand vient le temps de monter. Alors toi, le coureur qui ne course pas, et qui ne court pas, mais qui aime aller plus loin, pousser les autres, s’aventurer hors des limites.

Puis comme tu dis toujours, tant qu’on monte, on peut pas se perdre. Même si des fois, c’est de la folie.

Ouin, parce que t’es fou un peu, beaucoup. Il y a juste toi pour nous faire rêver de pédaler 100 kilomètres sur des routes de terre et de sable avec un vélo de route. Il y a juste toi pour faire une journée de vélo de route de 115 kilomètres en pleine première tempête de neige, avec les pignons qui se remplissent de glace, et tout ça, sans carte ni gps évidemment. Il y a juste toi pour guider les fameuses nightrides du mercredi soir, semaine après semaine, beau temps, mauvais temps, même quand personne n’a le temps.

Il y a juste toi pour lancer ton fameux «Hiii-haaaaaaa!» quand on arrive enfin au sommet, la langue à terre, les poumons brûlés, la patate qui pompe.

st-fé 021   Mat Barré

La première fois que je suis rentré au Yéti, c’est toi qui m’avais servi. J’avais jamais skié de ma vie, j’emmerdais les hivers. J’y étais venu pour magasiner des skis de touring, juste checker. J’étais un vrai néophyte. Deux heures plus tard, ma facture montait à 2000$, j’étais comme un gosse avant Noël qui connaissait ses cadeaux sous l’arbre, mais qui ne pouvait les déballer tout de suite. J’allais passer le plus bel hiver de ma vie, grâce à toi, à tes conseils et ta passion.

Tu m’avais fait découvrir un sport, m’avais fait vivre des péripéties, sans que j’aie encore des skis sous les pieds.

J’espère que tu sais que l’atmosphère du Yéti, c’est toi qui la crée en grande partie. On pourrait dire que t’es positif, toujours game, motivé et d’attaque, mais c’est cliché. Autant dire que t’es un homme d’action de ta génération, comme dirait l’autre. En gros, t’es plus le guru de la simplicité volontaire, de la petite bière (lire ici Coors), des aventures de cons et des mauvais plans. T’es le motivateur qui embarques tout le monde dans tes histoires, en riant devant le délire et les faces de «Vraiment!? On a fait ça?!»

Tu maîtrises l’art, le tien. Celui de rire des défis, des clients qui se prennent trop au sérieux, des petites mésaventures des autres (ici, je pense à Caron et sa patte de dérailleur à St-Félicien), des phrases hors-contextes, de moi, de toi-même, des malaises et des gens soumis. Celui de prendre tout à la légère, mais tout au sérieux en même temps. Celui de changer le plancher du magasin en un avant-midi. Celui de poser 100 étiquettes à la seconde quand tu trouves que les choses avancent pas à ton goût. Celui de faire la course aux canettes vides dans le Yéti pour se pogner un six pack de Pabs gratis. Celui de nous raconter, autour d’un feu, des histoires d’horreur de gens qui mettent des cannes de pois chiches dans le feu jusqu’à ce que ça explose, pis d’en crisser une dedans juste après. Celui de ne jamais paraître dérangé, fatigué ou épuisé. Celui d’être le surhomme que tu es, toujours prêt.

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