(Parenthèse B – Il y a trop d’images)

Parenthèse

Il y a trop d’images – Bernard Émond.

C’est le livre que j’ai lu dans le fond du Grand Canyon. Une centaines de pages en 2 ou 3 heures, entrecoupées de petites marches et de contemplation.

J’avais pris ce livre à un colloque pendant la grève étudiante (ouais ouais, pour ceux qui l’ignoraient, j’étais, et suis encore, un de ces fameux carrés rouges, parce que je crois en nous et en notre développement et à l’accès de celui-ci). Je m’attendais à un livre sur la publicité et tout ça, mais finalement c’est un recueil de texte de ce cinéaste (ouais, il fait des films, Guylaine Tremblay et Élyse Guilbault ont joué dedans), puis les idées se croisent et se répètent, mais il parle surtout de la demande au divertissement, de la peur d’être touché, attristé par ce qui nous entoure, il attaque un peu la carapace du monde parfait que l’on s’invente, que l’on se fait inventer par les compagnies et leur marketing. Il parle de la perte de notre identité, de notre culture.

Quand à l’endos du livre on peut lire: «Résister, c’est la grande affaire. Résister à l’insignifiance ambiante, c’est déjà quelque chose, mais pour ne pas tomber dans le cynisme, qui est la maladie des gens intelligents, il faut savoir résister à l’argent et au découragement.»… Ça promet…

Il y a quelques phrases que je pense depuis des années, puis de les lire dans d’autres mots que les miens, ça fait du bien.

Voici quelques unes d’entre-elles qui font réfléchir:

«Tout est maintenant affaire de préférence individuelle, et comme les goûts ne se discutent pas, l’amnésie, l’hédonisme et le narcissisme sont en passe de coloniser la culture contemporaine.»

«Dans un monde qui se déshumanise, chaque geste de générosité est un acte de résistance et de liberté.»

«Nous ne vaincrons pas parce que jamais les dominés, les opprimés, les exploités n’ont autant assimilé les discours et les pratiques des dominants. […] Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder la télévision aux heures de grande écoute, de passer un samedi dans un centre d’achats ou de contempler les embouteillages de l’heure de pointe du haut d’un viaduc.»

«Jean Charest [on peut y mettre Couillard évidemment, question d’actualiser] forme des citoyens au désintéressement du bien commun et Pierre-Karl Péladeau éduque ses lecteurs et spectateurs à l’inculture et au mépris du savoir.»

«En ville, l’homme est partout face à lui-même et à ce qu’il a construit. En ville, l’homme peut se croire au centre du monde. Il n’y a pas de donné. Or, c’est dans la nature que ce qui est donné se manifeste avec le plus d’éclat, et que l’action de grâce devient un besoin de l’âme.»

«[…] je suis frappé par la laideur extraordinaire de l’occupation du territoire au Québec. La route 117 et l’autoroute 15 traversent une sorte de musée des horreurs de l’aménagement. Sur près de 300 kilomètres, de la sortie du parc de la Vérendrye jusqu’à l’autoroute métropolitaine de Montréal, tout ce qui n’est pas la nature est uniformément laid. Il y a la laideur brute des cimetières de voitures ou des installations industrielles, la laideur kitsch des Rois de la Patate, des motels sur le déclin ou des bars à danseuses, la laideur prétentieuse des stations de ski, de leurs condos et de leurs commerces, la laideur chaotique des villages où les maisons patrimoniales défigurées par les rénovations voisinent avec les bâtiments sans grâce qui semblent être tombés là par hasard. Puis on arrive à l’interminable banlieue de Montréal, à ses centres commerciaux et à ses autoroutes tentaculaires. Le territoire est quadrillé, massacré, dévasté.»

Bon ok, c’est déprimant, et ça jurait de lire tout ça, entouré de l’une des plus belles et vastes beautés de la nature et du temps. Mais il y a toujours espoir, il faut au moins commencer par pointer du doigt, savoir et réfléchir. Ensuite, on peut travailler autour, la permaculture, la transition, on peut en être capable tous ensemble. C’est quoi ça? À la prochaine parenthèse!

(Parenthèse A – Des tonnes en l’air)

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Bon alors voici une nouvelle série de textes. Un peu vers la fin j’en conviens, mais ce sont un peu mes réflexions de voyages, mes prises de conscience. Parce que ce serait fou de dire que je n’en ai pas… En fait, c’est juste ça que je fais dans ce voyage. Apprécier et réfléchir, et souvent pas pour moi, ou mon futur, mais en général. Comme un humain normal en fait, j’ose espérer.

Alors voici la première parenthèse. Il y aura probablement moins de like facebook pour ça, mais je m’en balance, en autant que je me laisse une trace, et en espérant que vous le lirez peut-être, et serez d’accord, et que ça fera réfléchir un peu.

Je pèse 145 lbs.
Mon rack avec les deux vélos doivent tourner autour de 100 lbs.
L’ensemble de mes bagages avec la nourriture pis toute, ça doit totaliser 200 lbs.

Le total, converti en kilogrammes: 202 kg.
La masse d’un Pontiac Vibe: 1225 kg.

Masse totale: 1427kg.

Mmmmmmmh. Ok. Où je veux en venir? Bah c’est lourd non 1427kg? Avez-vous déjà essayé de soulever ça? Ou seulement de pousser? Pas moi, ça prends de l’énergie et de la force. Exactement ce que le moteur à explosion fait, grâce au pétrole que l’on arrache de nos sols, de nos fonds océaniques et de nos sables bitumineux. Le pétrole qu’on utilise à outrance, sans s’en demander la limite (non seulement pour le transport, mais aussi pour tous nos biens de consommation cheap, made in china, faits de sous-produits du pétrole). Et on se bat contre TransCanada et les pipelines, quand dans le fond, c’est nous qui leur tendons des billets à longueur de journée et qui les encourage par en dessous.

Ouais bon, je viens de franchir mon 15 000ème kilomètre aujourd’hui, selon un petit site web simplifié (http://carboneboreal.uqac.ca/calculateur-ges-fr/), je viens de balancer plus de 2,9 tonnes de CO2 dans l’atmosphère, soit exactement le double du poids de mon véhicule, de mon moi-même et de mon matos. Ça fait beaucoup… Tout ça pour un petit voyage pour une personne, c’est du délire. Ça semble beau mon histoire avec mes chapitres et mes odes, mais je me sens mal à y penser… le double du poids de mon auto dans l’air… Que je respire, que les écosystèmes que j’ai traversés absorbent tant bien que mal.

J’ai beau rouler aux limites de vitesses (et même souvent sous celles-ci, ce que je ne faisais jamais au Québec, mais que je fais maintenant car j’ai tout mon temps…), ça permet de diminuer la consommation… Mais quand même.

Et vous? Combien de kilomètres roulez-vous par année? Combien d’auto projetez-vous dans l’atmosphère? Combien de kilomètres pouvez-vous éviter en prenant tout simplement une marche, un vélo, le transport en commun, le co-voiturage? C’est maintenant qu’il faut y penser, pas dans 20 ans, ni le mois prochain.

PS. Merci Samuel.